anais a (fugitive_moi) wrote,
anais a
fugitive_moi

Russie

Je suis revenue de la Russie étonnée, émerveillée, tergiversée. La Russie laisse perplexe, pensif, contemplatif, nostalgique, sentimental, furieux, - tout sauf indiffèrent. Chaque jour je découvrais tout le spectre de sentiments, en passant de l’amour le plus profond et sincère à la colère le plus invraisemblable et refoulée. Elle rend malade, accro, humilié et humble, apitoyé. Elle laisse sans armes, capitulé, défait de tout le superficiel de la civilisation, de tous les habitudes, de tout ce que l’on savait de la vie. Mélange étrange de la honte et de la fierté, de la décadence et de la majesté, de la vulgarité et de la distinction. Cocktail diabolique de larmes le plus amères et de rires le plus fous. Pays pitoyable et grandiose. Miséreux et abondant à l’outrance, à la saturation de richesses.
L’avion pour Moscou. Le désert d’avenues immenses, hauteur écrasante des bâtiments et monuments. Sensation de toute-puissance et de splendeur. Tout semble énorme, démesuré par rapport à la petitesse de l’Europe de poupée. Les trains pour Nijni Novgorod et Kazan. Les voitures pour la province tatare, terre d’adoption de ma famille du côté maternel, venue de l’Oural, installée dans une nouvelle ville industrielle. Voyage à Elabouga, ville paisible qui a conservé tout le charme d’une petite ville provinciale d’autrefois, ville natale du peintre de la nature russe Ivan Chichkine et le dernier refuge de la poétesse persécutée par les bolcheviks Marina Tsvetaeva. L’étendue de la surface des eaux de Volga et Kama, vues à couper le souffle, vertige, vent dans le visage, poumons remplis d’air frais, grandeur, infini…
La Russie des coupoles bleues et dorées est une catharsis. Elle se donne toute entière à son spectateur. Toujours très marquée par le temps et son histoire, ne pouvant pas se débarrasser de son passé, ne voulant pas, elle est figée dans la forêt millénaire de ses fossiles, dans la folie ancestrale. C’est un pays où les gens font toujours un signe de croix quand un coup de tonnerre éclate. Elle se laisse haïr, aimer, porter par le vent et le hasard, par le fameux avos'. Elle ne se laisse pas oublier. Elle donne envie de la secouer dans son sommeil, de la sortir de la nuit des temps, de l’embrasser, de la serrer dans les bras, de la puiser ou de l’écraser, de l’appréhender, de la consoler. Elle donne toutes les envies les plus contradictoires, sauf une, - de l’oublier. Entre toutes les envies qu’elle inspire, la plus grande est de la retrouver encore.

Elabuga
Subscribe

  • Фотография, точка отсчета

    Я хочу показаться тебе вновь 16-летней девочкой, наверное, где-то в северной столице, на фоне собора и еще каких-то незначимых лиц, с…

  • (no subject)

    Россия отметилась на моей летней карте пятью точками: Москва, Нижний Новгород, Казань, Елабуга, Набережные Челны. Москва, настырная и просторная,…

  • Белый шум

    Я уже не боюсь тебя потерять. В этом белом шуме ты мой маяк. Наши пути пересекаются, но куль-де-сак. Все те вопросы, что я не успела тебе задать.…

  • Post a new comment

    Error

    Anonymous comments are disabled in this journal

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

  • 2 comments